Carnet de bord d’un invisible

Par Mehdi Hachid

Lorsque j’ai rencontré Adila Bendimerad et Damien Ounouri pour la première fois, le pacte était clair : mon travail ne devait pas être un « making-of ». Ils m’ont confié une mission qui m'a tout de suite passionné : créer une œuvre parallèle au film. Mon rôle ? Être une ombre parmi les ombres, un témoin transparent capable de capturer ce moment précis où la sueur des techniciens et comédiens se transforme en la magie de la fiction.

Ce que vous avez vu au cinéma est une épopée majestueuse. Ce que j’ai vécu derrière mon objectif, c’est une aventure humaine qui a connu « dix morts et cent résurrections ». À travers ce carnet de bord, je veux vous emmener là où le public n’a jamais accès : dans les coulisses d’un film que l’on prend pour un blockbuster, mais qui a été entièrement « fabriqué à la main ».

Ma démarche est simple : rendre justice aux héros de l'ombre. Car si la reine Zaphira crève l'écran, c'est parce qu'il y a eu des mains pour coudre ses voiles avec une précision de chirurgien, des ingénieurs de l'imprévu pour chauffer l'eau d'une piscine en plein hiver, et des chasseurs de lumière courant après un soleil qui nous disait « salam » dès 17h30.

«Mehdi, sois invisible mais capte tout le bordel magnifique qu'on est en train de créer » 

— Adila Bendimerad et Damien Ounouri.

Chapitre 1 : Le Train de l'Histoire

Mon aventure sur La Dernière Reine n'a pas débuté sur un plateau, mais dans le mouvement. Avant de rejoindre l'Ouest, j'étais à Bou-Saâda, cette « cité du bonheur » que je ne trouvais pas dutout joyeuse, mais ça lumière reste si particulière. Mon ami Reslane Lounici y dirigeait une résidence pour photographes où j'officiais comme formateur. J'y partageais mes expériences dans l'art de capturer l'instant, sans savoir que j'allais bientôt devoir devenir l'ombre d'une épopée.

Puis est venu le départ. J'ai pris le train vers l'Ouest, laissant derrière moi la poussière dorée du Sud pour plonger dans le XVIe siècle algérien. C’est dans ce wagon, entre deux paysages, que j'ai ouvert pour la première fois le scénario et que j'ai reçu les storyboards.

En feuilletant ces pages, j'ai tout de suite compris que ce projet ne ressemblait à rien d'autre. L'idée, née en 2014, portait en elle une « urgence politique et poétique » : celle de redonner vie à la reine Zaphira, une figure entre histoire et légende dont l'existence même a été contestée. Les storyboards n'étaient pas de simples dessins ; ils étaient la preuve d'une préparation méticuleuse pour un film « artisanal » qui allait devoir transformer des « miettes » de notre patrimoine en une fresque majestueuse.

Mon point d'ancrage dans cette aventure était Ahmed Zitouni. Ami de longue date, il était mon contact sur place. Je ne savais pas encore qu'en passant du statut d'ami à celui de sujet — lui sous les traits d'un corsaire, moi derrière mon objectif — il deviendrait l'un des premiers visages de ce « roman national » que nous nous apprêtions à filmer.