ASSOUF — Anatomie du Vide et du Sacré Nomade
ⵉⵙⵓⴼ
Dossier de présentation · Exposition · 2026

ASSOUF Anatomie du Vide et du Sacré Nomade

Une exposition immersive qui plonge au cœur de l'ontologie touarègue — là où le vide n'est pas absence, mais pression vitale, territoire de l'invisible et mémoire de l'exil.

Artiste Mehdi Hachid
Espace Atelier DOJO, Alger
Format Exposition immersive
Durée 6 semaines
Défiler

Le vide n'est pas le néant

ASSOUF — en tamacheq ⵉⵙⵓⴼ — est le concept fondateur de la psyché touarègue. Il désigne une triade ontologique qui articule trois dimensions inséparables : le Ténéré sauvage au-delà de la tente, la brûlure intérieure de l'exil, et l'invisible peuplé des Kel Assouf, les esprits du vide.

Ce vide est actif. Il exerce une pression sensible sur les corps, oblige une mobilité perpétuelle, menace d'effacer la substance même de l'être. L'exposition ASSOUF est une anatomie de cette pression — visible, sonore, sculpturale, rituelle.

« L'Assouf n'est pas un simple vide géographique ; c'est une triade ontologique mêlant le territoire, l'émotion et le sacré. »
Texte curatorial — ASSOUF : Anatomie du Vide et du Sacré Nomade

La physique contemporaine rejoint ici la cosmogonie nomade : Étienne Klein distingue le néant — absence radicale d'être — du vide quantique, état d'énergie minimale grouillant de potentiel. Les Touaregs le savaient : le désert n'est jamais vide. Il est saturé.

La Triade Ontologique · L'Assouf

I
Territorial ⵜⵉⵏⵉⵔⵉ Le Ténéré — la plaine dénudée au-delà de la tente. L'extérieur absolu où s'exerce la pression de l'invisible.
II
Émotionnel ⵉⵙⵓⴼ La brûlure intérieure — nostalgie viscérale née de l'exil et de la perte. Distincte de tout « spleen » romantique.
III
Spirituel ⵜⵉⵏ ⵉⵙⵓⴼ Les Kel Assouf — « les gens du vide ». Entités qui peuplent le désert et exercent une pression sur les êtres isolés.
« Ce que le nomade craint comme effacement, le mystique le recherche comme libération. ASSOUF habite cette tension. »

Une mémoire fracturée

VIIIe siècle
Syncrétisme et islamisation
L'islamisation du Sahara intègre les Kel Assouf ancestraux dans le corpus coranique des Djinns. Les protections rituelles (Tcherot, Tezma) fusionnent avec les versets sacrés. Un syncrétisme fertile qui survit jusqu'à aujourd'hui.
1963
Première rébellion touarègue
Les indépendances nationales tracent des frontières qui fragmentent l'espace nomade. Le Sahara touareg est partagé entre Algérie, Mali, Niger, Libye et Burkina Faso. L'Assouf devient aussi une blessure politique.
1972 – 1984
Sécheresses dévastatrices
Les grandes sécheresses de 1972-74 puis 1983-84 déciment les troupeaux et brisent définitivement le mode de vie nomade. Des populations entières sont forcées à l'exil vers les marges urbaines : Libye, Algérie. L'Assouf devient exil concret.
1970 – 1990
Génération Ishumar & Mouvement Assouf
De l'arabe « chômeurs » (chomeur → ishumar), une génération de déracinés transforme la nostalgie en résistance. Le Mouvement Assouf naît : culture musicale et spirituelle de la jeunesse exilée. L'Imzad laisse place à la guitare électrique sur amplis de fortune.
1990 · 2012
Rébellions et diaspora mondiale
Les rébellions armées de 1990 et 2012 ancrent l'Assouf dans une temporalité politique. Tinariwen, formé dans l'exil libyen, porte la résistance sur les scènes mondiales. La guitare devient le Tcherot moderne — bouclier sonore contre l'effacement.

L'Assouf n'est plus seulement un concept ontologique. Il est une réalité politique vécue. La figure de l'Ashamur — le nomade sans territoire, le chômeur culturel — incarne la mutation contemporaine du vide saharien : de sacré à profane, de territorial à diasporique.

L'exposition ASSOUF inscrit cette double temporalité dans l'espace : le plomb des sculptures porte la mémoire des anciens rituels de protection, tandis que le bidon métallique du Tende témoigne de la résistance des Ishumar.

Aghiwen Le campement — matrice protectrice initiale
Tawshit La tribu — apprentissage de la proximité
Taghma La confédération — cercle élargi
Tégezé Le pôle politique — plusieurs confédérations
Temust La nation / l'universel — l'Homme Cosmique
D'après H. Claudot-Hawad, Identité et altérité d'un point de vue touareg, 1996

Concepts & Rituels

ⵉⵙⵓⴼ
Assouf
[ɛsːuf] · concept ontologique
Triade du vide saharien : territoire (Ténéré), émotion (brûlure intérieure) et spirituel (Kel Assouf). Vide actif, saturé, jamais synonyme de néant.
Concept pivot
ⵉⵏⴰⴷ
Inaden
[inaːdɛn] · figure sociale
Caste des forgerons-artisans. Maîtres du feu, du métal et du bois. Exclus de l'Ashak, ils sont les techniciens du sacré — forgeant armes, instruments et amulettes.
Forge du sacré
ⵜⵣⵎⴰ
Tezma
[tɛzma] · force occulte
Énergie occulte quasi-radioactive des Inaden. Force de malédiction mais aussi immunité totale contre les Kel Assouf. Le plomb de l'exposition incarne le Tezma matérialisé.
Protection · matière
ⵜⵛⴰⵔⵓⵜ
Tcherot
[tʃɛroːt] · objet rituel
Amulette protectrice en métal ou cuir — frontière étanche entre l'individu et l'Assouf. Fusionne force du métal et puissance du Verbe. La guitare électrique est le Tcherot moderne des Ishumar.
Armure spirituelle
ⴰⵡⴰⵜⵓⵙ
Awatus
[awaːtus] · concept scénographique
Fil de coton brut, non cardé — d'une fragilité extrême. L'intercesseur (aggag) y est suspendu pour descendre dans le « puits des mondes ». Tirer trop fort rompt le lien et entraîne la chute.
Pivot scénographique
ⵉⵎⵣⴰⴷ
Imzad
[imzaːd] · instrument rituel
Violon monocorde féminin — calebasse, peau, crin de cheval. Chirurgie de l'intériorité : transforme la nostalgie viscérale en fierté silencieuse. Joué par Aicha, fille de la grande Chena.
Pharmacopée sonore
ⵜⴰⵏⴷⴰ
Tende
[tɛndɛ] · instrument rituel
Tambour de mortier (bois → bidon métallique). Chirurgie de l'extériorité : expulse les esprits par la transe et l'épuisement rythmique. Contrepoint brutal à la douceur de l'Imzad.
Exorcisme sonore
ⴰⵛⴰⴾ
Ashak
[aʃaːk] · code social
Code d'honneur touareg : retenue, silence, élégance, contrôle des émotions. L'Imzad restaure l'Ashak en pacifiant la brûlure intérieure. Les Inaden en sont exclus — liberté qui fait leur pouvoir.
Valeur culturelle
ⵉⵛⵓⵎⴰⵔ
Ishumar
[iʃumaːr] · génération
La génération exilée des années 1970-80. De « chômeurs » (chomeur) à identité résistante. Ils ont remplacé l'Imzad par la guitare électrique, créant le Blues Touareg comme résistance culturelle.
Mutation contemporaine
△◻
Anti-forme
Virilio, 1960 · concept artistique
Le vide n'est pas une absence — c'est un volume sensible sculpté par la soustraction de matière. Retirer un objet donne une forme à l'espace qui l'entourait. Dans l'exposition, le plomb et les fils sculptent le vide autant qu'ils l'occupent.
Cadre scénographique
ⵜⵉⵏⵉⵔⵉ
Barzakh
[barzaχ] · espace intermédiaire
Concept islamique et soufi désignant l'isthme entre deux mondes. Le « puits des mondes » touareg en est la manifestation spatiale. L'exposition entière est un Barzakh : ni dehors ni dedans, ni passé ni présent, ni sacré ni profane.
Espace de passage

Architecture du vide

ENTRÉE Seuil ESPACE I Seuil du Vide sculptures plomb ESPACE II Chirurgie de l'Intériorité Imzad — Aicha ESPACE III L'Awatus Puits des Mondes installation fil + lumière ESPACE IV Chirurgie de l'Extériorité Tende — bidon métallique ESPACE V Mémoire des Ishumar archives · photographie · guitare PLAN SCHÉMATIQUE · ASSOUF · 2026 Atelier DOJO · Alger
Espace I · Entrée
Seuil du Vide
Le Tcherot Monumental
Sculptures plomb Acier brut Lumière rasante 2700K
Références
Tezma · Tcherot · Anti-forme (Virilio)
Le visiteur entre dans un espace de transition qui n'a rien d'anodin. Des sculptures en plomb — massives, rugueuses, disposées comme des sentinelles asymétriques — définissent le seuil entre le monde ordinaire et l'espace de l'Assouf. Le plomb n'est pas un matériau esthétique : il incarne le Tezma matérialisé, cette énergie occulte quasi-radioactive que manipulent les Inaden, les forgerons-artisans de la société touarègue.
Chaque sculpture fonctionne comme un Tcherot monumental — une amulette à l'échelle du corps humain. Sa masse, sa densité, son opacité : autant de propriétés qui en font une frontière étanche entre l'intériorité protégée du visiteur et la pression de l'invisible. C'est ici que le concept d'anti-forme de Virilio entre pleinement en jeu : le volume de plomb sculpte le vide autour de lui autant qu'il occupe l'espace. Ce que la forme n'est pas est aussi présent que ce qu'elle est.
La lumière est basse, rasante, dorée — elle révèle les textures brutes sans jamais révéler la totalité de la forme. Le silence est chargé. Le visiteur pressent déjà que ce n'est pas une exposition sur le désert, mais une exposition du désert.
Espace II · Centre-gauche
Chirurgie de l'Intériorité
L'Imzad d'Aicha
Performance live — Aicha Imzad · monocorde Acoustique traitée
Références
Aicha / Chena · Ashak · Pharmacopée sonore
Zone d'apaisement acoustique — la plus intime de l'exposition. Aicha, poétesse et joueuse d'Imzad, fille de la grande Chena dont elle perpétue la lignée et la maîtrise, y interprète ce que le corpus nomme une chirurgie de l'intériorité. L'Imzad — violon monocorde né d'une calebasse recouverte de peau et d'une corde en crin de cheval — est l'instrument de la noblesse et de la retenue.
Sa mélodie douce et lancinante agit comme un baume : elle transforme la nostalgie viscérale — cette brûlure intérieure née de l'exil — en une fierté silencieuse. En écoutant l'Imzad, le visiteur est ramené vers l'équilibre de l'Ashak, le code d'honneur touareg qui exige le contrôle de soi et la pudeur des émotions. C'est une restauration, pas une guérison. L'Assouf reste là — mais il devient habitable.
L'espace est intime, enveloppant, sans bruit parasite. Aucune lumière directe sur Aicha — seulement une clarté ambiante dorée qui ne tranche pas l'obscurité mais la nuance. Accueillir Aicha comme invitée d'honneur, c'est affirmer que face à l'immensité aride, le son n'est pas un divertissement mais un acte de résistance vitale.
Espace III · Fond
L'Awatus
Le Puits des Mondes
Fils de coton brut 200 à 400 fils Lumière zénithale 3000K
Références
Claudot-Hawad, 1996 · Aggag · Barzakh
Le cœur de l'exposition et son pivot scénographique. Des centaines de fils de coton brut — non cardés, d'une fragilité extrême — descendent du plafond vers un puits symbolique creusé au sol, baignés d'une lumière quasi-zénithale dorée. Chaque fil est un Awatus ⴰⵡⴰⵜⵓⵙ : dans la cosmogonie touarègue, c'est sur ce fil que l'intercesseur spirituel (aggag) se suspend pour descendre dans le « puits des mondes » et dialoguer avec l'invisible.
Selon Claudot-Hawad (1996), le fil non cardé engageait le prêtre à la délicatesse et à l'habileté : s'il tirait trop fort sur ce fragile support, ce dernier pouvait casser et le laisser tomber dans le vide. Le visiteur circule lentement entre les fils. Le moindre souffle les fait frémir. Ce dispositif incarne physiquement ce rapport au vide : l'Assouf ne se traverse pas, il se négocie. La relation à l'invisible exige une attention constante, une présence totale, une non-violence du geste.
L'espace est aussi un Barzakh — un espace intermédiaire entre deux mondes, deux états d'existence. Le visiteur y est ni dehors ni dedans, ni dans la protection ni dans l'exposition. Il est dans le passage.
Espace IV · Centre-bas
Chirurgie de l'Extériorité
Le Tende — bidon métallique
Bidons métalliques Diffusion sonore immersive Rythmes ternaires
Références
Tende · Transe · Ishumar · Mutation
Contrepoint brutal et nécessaire à l'espace II. Le Tende — tambour de mortier fabriqué par les Inaden — est ici représenté par des bidons métalliques (jerrycans), marqueurs matériels de la résistance Ishumar. Ce glissement du mortier en bois vers le bidon de métal n'est pas anodin : il documente la mutation technologique de la résistance touarègue, le passage du sacré traditionnel au sacré de la survie urbaine.
Le Tende opère une chirurgie de l'extériorité : là où l'Imzad travaille sur le murmure intérieur, le Tende utilise la transe, le rythme ternaire — inspiré du pas du dromadaire — et l'épuisement physique pour expulser les esprits du corps. Le son est fort, percussif, irrésistible. Le corps est sollicité dans sa dimension la plus physique : il est secoué, traversé, libéré.
L'espace résonne en permanence d'enregistrements de transe. L'acoustique est délibérément non traitée dans ce secteur — les réflexions sonores participent de la pression. On ne peut pas rester passif dans l'espace IV.
Espace V · Galerie finale
Mémoire des Ishumar
Archives · Photographies · Guitare électrique
Photographie Archives Guitare électrique Projections Tifinagh Vidéo Furigraphie — Hawad
Références
Hawad · Tinariwen · Amico 2016 · Ishumar
La grande galerie de clôture documente la mutation contemporaine de l'Assouf : du sacré vers le politique, du territorial vers le diasporique. Archives photographiques, extraits de témoignages des années d'exil, et au centre de l'espace : une guitare électrique branchée sur un ampli de fortune — le Tcherot moderne, bouclier sonore contre l'effacement culturel.
La génération Ishumar a remplacé l'Imzad par la guitare. Ce glissement n'est pas une trahison — c'est une adaptation vitale. La guitare électrique joue le même rôle que le Tcherot ancestral : elle est une frontière étanche entre l'individu et le vide qui l'entoure. Tinariwen, Imarhan, Abdallah ag Oumbadougou l'ont compris avant tout le monde. Une guitare est plus efficace qu'une kalachnikov.
Sur les murs : la Furigraphie de Hawad — Tifinagh projetés comme des munitions visuelles, mots en colère, graphie et fureur fusionnées. La poésie chaosmique de Hawad irradie l'espace de ses caractères ancestraux réinventés comme actes de résistance. L'Assouf est devenu politique. Le vide est devenu lutte.

Vues d'exposition

VUE I · SEUIL DU VIDE · SCULPTURES PLOMB · TEZMA MATÉRIALISÉ

Sculptures en Plomb

Espace I — Le Seuil du Vide

Le plomb incarne le Tezma — cette énergie occulte quasi-radioactive que manipulent les Inaden, les forgerons-artisans de la société touarègue. Lourd, malléable, imperméable : le plomb est l'archétype du matériau-frontière, la peau minérale qui sépare l'intériorité protégée de l'hostilité du vide.

Les sculptures — monolithiques, brutes, non polies — sont disposées comme des Tcherot monumentaux, des amulettes à l'échelle du corps. Chacune est une armure spatiale. Leur asymétrie évoque l'anti-forme de Paul Virilio : ce que la forme n'est pas sculpe l'espace autant que ce qu'elle est.

MatériauPlomb coulé, acier brut
DimensionsVariable · 40 cm à 2 m
Nombre7 à 12 pièces
LumièreRasante · 2700K · faible intensité
RéférenceTezma / Tcherot / Anti-forme (Virilio)
VUE III · L'AWATUS · PUITS DES MONDES · FILS DE COTON BRUT

L'Awatus

Espace III — Le Puits des Mondes

Des centaines de fils de coton brut, non cardés — d'une fragilité extrême — descendent du plafond vers un puits symbolique creusé au sol. Chaque fil est un Awatus : la corde sur laquelle l'intercesseur spirituel (aggag) se suspend pour dialoguer avec l'invisible.

Le visiteur circule lentement entre les fils. La lumière zénithale les nimbe d'un halo doré. Le moindre souffle les fait frémir. Ce dispositif incarne physiquement la leçon de Claudot-Hawad : tirer trop fort rompt le lien. Habiter le vide exige une délicatesse absolue.

MatériauCoton brut non cardé
Nb fils200 à 400 fils
HauteurSol → plafond (3 à 5 m)
LumièreZénithale · 3000K · faisceau serré
RéférenceClaudot-Hawad, 1996 · Barzakh
VUE II·IV · PHARMACOPÉE SONORE · IMZAD / TENDE · TENSION ACOUSTIQUE

Pharmacopée Sonore

Espaces II & IV — Imzad / Tende

L'exposition déploie une tension acoustique permanente entre deux espaces opposés. D'un côté, l'Imzad d'Aicha — chirurgie de l'intériorité : murmure, apaisement, retour vers l'Ashak. De l'autre, le Tende — chirurgie de l'extériorité : fracas, transe, expulsion des esprits.

Ces deux pôles ne s'annulent pas. Ils reproduisent la dualité fondamentale de la médecine sonore touarègue : soigner par le murmure ou soigner par l'épuisement. Le visiteur est pris dans cette tension, libre de choisir son soin.

Pôle IImzad — performance live d'Aicha
Pôle IITende — bidons + diffusion sonore
AcoustiqueTraitement sonore des espaces
RéférenceAicha / Chena · Pharmacopée nomade
ARCHIVE ARCHIVE ⵉⵙⵓⴼ ⵉⵎⵣⴰⴷ ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵗ VUE V · ISHUMAR · ARCHIVES · GUITARE ÉLECTRIQUE · TIFINAGH PROJETÉ

Mémoire des Ishumar

Espace V — La Guitare comme Tcherot

Au centre de la galerie finale : une guitare électrique branchée sur un ampli de fortune. C'est le Tcherot moderne — bouclier sonore contre l'effacement culturel. La génération Ishumar a remplacé l'Imzad par la guitare, transformant la nostalgie en arme de résistance.

Sur les murs : archives photographiques, extraits de témoignages. En projection : la Furigraphie de Hawad — mots en Tifinagh comme des munitions visuelles. La citation de Tinariwen résonne comme une conclusion nécessaire : une guitare est plus efficace qu'une kalachnikov.

Objet centralGuitare électrique + ampli
ArchivesPhotographies tirages jet d'encre
ProjectionTifinagh · Furigraphie de Hawad
VidéoExtraits · Tinariwen · Tartit
RéférenceHawad · Amico 2016 · Ishumar

L'Anti-forme & le Vide

Comment un artiste algérien des années 2020 rencontre Paul Virilio et les forgerons touaregs autour d'un même concept : le vide n'est pas une absence — c'est un volume actif, pressant, habité.

Paul Virilio · 1960
L'Anti-forme

Dans ses tableaux antiformes des années 1960, Paul Virilio formule une idée radicale : l'espace n'est pas une étendue neutre. Il est une entité palpable née de la soustraction de la matière.

Retirer un objet donne une forme à l'espace environnant. Ce que la forme n'est pas est aussi présent, aussi sculptural que ce qu'elle est. L'anti-forme est le volume sensible que la matière délimite en s'absentant.

Avec Claude Parent, Virilio développe ensuite l'architecture oblique (Architecture Principe, 1963) : privilégier la dynamique sensible et le plan incliné contre la figuration statique. L'espace n'est plus contenant — il est force.

« Là où il y a un objet sensible, l'espace n'est plus ; nous lui retirons un volume, par là-même nous lui donnons une forme : l'Antiforme. »

— Paul Virilio
Sahara touareg · Ontologie
L'Assouf comme Anti-forme Naturelle

Le Ténéré — la plaine dénudée — est l'anti-forme à l'état pur. Ce n'est pas le vide de l'absence : c'est le vide résultant du retrait de tout ce qui aurait pu protéger. Le campement aboli. Le troupeau décimé. La tribu dispersée.

Chaque objet perdu laisse dans l'espace nomade une empreinte invisible mais sensible — une pression. L'Assouf est exactement cela : la forme que prend l'espace quand on lui a tout retiré sauf le vide. Il n'est pas absence. Il est volume actif.

Les Kel Assouf — les esprits du vide — peuplent précisément cet espace de soustraction. Là où la matière (corps, tente, bétail) a été retirée, l'anti-forme de leur présence s'impose avec une pression sensible sur les êtres isolés.

« L'Assouf n'est pas une absence. C'est une pression. »

— Texte curatorial ASSOUF
Dans l'exposition · Application
Le Vide comme Matière Scénographique

La scénographie d'ASSOUF applique la logique de l'anti-forme à chaque décision spatiale. Les sculptures en plomb (Espace I) ne sont pas là pour remplir l'espace — elles sont là pour sculpter le vide autour d'elles. Leur masse définit le volume sensible que le visiteur traverse.

L'installation Awatus (Espace III) est une anti-forme suspendue : des centaines de fils définissent un espace sans le remplir. Le puits au sol est le point vers lequel tout converge — un volume creux qui organise l'espace entier par sa seule absence.

L'exposition entière est conçue selon un principe d'architecture oblique : il n'y a pas de parcours rectiligne. Le visiteur est incliné, déplacé, déséquilibré — mis en contact avec la pression du vide plutôt que protégé de lui.

Applications directes
Plomb sculpte le vide (Espace I)
Fils définissent sans remplir (Espace III)
Absence du troupeau = présence du vide
Parcours oblique, non-linéaire

Le Vide n'est jamais vide

Physique contemporaine

Le vide quantique selon Étienne Klein

La physique distingue le néant — absence radicale d'être — du vide physique : état d'énergie minimale d'un champ, grouillant de particules virtuelles prêtes à s'incarner. Le vide quantique est pour la matière ce qu'est le dernier taureau de Picasso pour la forme : le minimum qui doit exister pour que la matière soit possible.

Certains modèles cosmologiques suggèrent que l'Univers lui-même est né d'une fluctuation de ce vide — faisant du vide une matrice créatrice.

« Le vide, c'est ce qui reste quand on a tout enlevé sauf le vide. »
— Étienne Klein, 2021
Cosmogonie touarègue

L'Assouf comme vide actif

Les Touaregs le savaient avant les physiciens : le Ténéré n'est jamais vide. Il est saturé de Kel Assouf — présences invisibles qui exercent une pression sur les corps et les âmes. L'Assouf est un vide habité, un vide qui agit, un vide qui menace de dévorer la substance de l'être.

La triade ontologique de l'Assouf (territoire, émotion, spirituel) et le vide quantique partagent une même ontologie fondamentale : ni absence, ni plénitude ordinaire — mais un espace saturé d'invisible en attente d'incarnation.

« L'Assouf n'est pas une absence. C'est une pression. »
— Texte curatorial ASSOUF

Voix du vide

Poétesse · Performance
Aicha
Fille de la grande Chena. Gardienne de l'Imzad — pharmacopée sonore ancestrale. Sa présence dans l'exposition est le pivot entre chaos et reconstruction.
Poète · Artiste visuel
Hawad
Inventeur de la Furigraphie — fusion de graphie et de fureur. Sa poésie « chaosmique » et ses Tifinagh comme munitions visuelles irriguent l'espace V.
Collectif musical · Référence
Tinariwen
Pionniers du Blues Touareg, formés dans l'exil. Ont transformé la guitare en arme politique. Leur résistance incarne la mutation contemporaine de l'Assouf.
Anthropologue · Source académique
H. Claudot-Hawad
« Identité et altérité d'un point de vue touareg », 1996. Source fondamentale sur l'Awatus et les 5 paliers de l'identité en marche.

Budget & Besoins

Production
Œuvres & Installations
  • Sculptures en plomb (coulée, finition)
  • Installation Awatus (200–400 fils)
  • Bidon métallique Tende + scénographie
  • Guitare & ampli pour espace Ishumar
  • Tirages photographiques archives
  • Système de projection Tifinagh/Furigraphie
Technique
Son, Lumière & Régie
  • Traitement acoustique des 5 espaces
  • Diffusion sonore immersive (Tende)
  • Éclairage scénique rasant + zénithal
  • Régie technique et installation
  • Captation et montage vidéo
  • Maintenance technique 6 semaines
Médiation
Programme & Communication
  • Invitation & résidence Aicha (performance)
  • Catalogue d'exposition bilingue
  • Cartels & livret visiteur
  • Conférence · Table ronde
  • Communication & presse
  • Vernissage & événements

Porteur du projet

Artiste Mehdi Hachid
Structure Atelier DOJO
Lieu Bir Mourad Raïs, Alger, Algérie
Partenariats Institut Français d'Alger · En discussion
Projet connexe Algorithmes Mythiques · Corps / Territoire

L'exposition en bref

ASSOUF est une exposition immersive en 5 espaces articulant sculptures en plomb, installation de fils, pharmacopée sonore (Imzad/Tende), archives photographiques et projections. Elle réunit recherche anthropologique (44 sources, corpus touareg), pratique artistique contemporaine et médiation culturelle.

Le projet s'inscrit dans une démarche interdisciplinaire — photographie, installation, son, vidéo — ancrée dans l'identité algérienne et saharienne, avec une ambition de circulation internationale.

ⵉⵙⵓⴼ
Dossier de présentation confidentiel · Tous droits réservés